La liberté

 

Je regarde l’arrière d’une paire de bottes. C’est-à-dire que c’était ma première impression, mais vues de plus près, il s'agit de ces lourdes chaussures de montagne que l’on peut clipser sur des skis et c’est ce qui arrive maintenant. Pour le reste, c’est une image immobile; ces chaussures de ski sont plantées là, sans être utilisées. J’enlève mon regard des skis pour jeter un coup d’œil autour de moi et pour observer le cadre. Je me trouve sur une montagne et dans une telle image, on pourrait s’attendre à voir un paysage de neige ensoleillé. Mais rien n’est moins vrai.

Le paysage a l’air grisâtre et monotone et l’atmosphère y est morose. Les skis se trouvent au sommet d’une montagne, et quand je regarde par-dessus, je vois que de l'autre côté, ça descend, qu’il y a une descente. J’aurais pu descendre en skiant, mais je n’en sens pas le besoin.

 

Quand nous parlons de chaussures, il s’agit de positions. Et comme vous le savez, il existe beaucoup de chaussures de différents types et de différentes pointures, qui représentent chacune une certaine position. Cette fois-ci, nous vous avons montré ces chaussures spécifiques et vous vous demandez peut-être quelle est la signification de ces chaussures de ski.

L'humain qui part aux sports d’hiver et se met sur les lattes ressent très fortement: le vent dans les cheveux pendant qu'il descend à toute allure ; déterminer lui-même sa vitesse et le chemin à prendre; un sentiment très agréable de liberté !

C’est une position que les gens peuvent avoir, par exemple, s'ils portent ces chaussures. Ainsi nous voyons que le sentiment de liberté de chaque humain se manifeste d’une façon différente d’une personne à l’autre. La liberté est tout de même un sujet lourd et cela peut paraître bizarre, car la liberté veut dire : aller son bonhomme de chemin et faire ce qu'on veut; tandis que quand l'humain parle de liberté, toujours des conditions s’imposent. Mais la liberté, dans le sens le plus pur du mot, devrait signifier qu'il n’y a pas de conditions à remplir. Donc la liberté n’existe pas, bien que l’on se dise facilement libre.

L’un ressent la liberté lors d’une virée en ville et un autre adore regarder la télé et ressent que pour lui, c’est ça la liberté.

C’est différent pour chacun.

 

Pourtant on dit: 'Je veux être libre et personne ne m’impose des règles, je suis libre de faire ce que je veux.'

Or si l'humain dit: 'Je suis libre', il a en tête une certaine position qui montre qu'il va faire maintenant quelque chose que son entourage n’attend pas de lui. Et ça, déjà, il l’appelle être libre.

S’il s’agit de liberté, l'humain prend un chemin s’écartant légèrement des sentiers battus.

Mais l'humain se sent déjà libre quand il pense: ‘Tiens, regarde voir, j’ose faire ceci, ou j’ai le courage de… !’ C’est ce que nous voyons aussi lorsqu’un humain mène sa vie suivant les chemins existants, car il s’agit presque toujours de règles imposées par l’entourage, par la famille, etc. Et dès qu’il ose faire un pas en dehors de ces chemins connus, il ressent comme une liberté. Il prévoit alors déjà qu’il aura à se tenir à ses propres règles, s’il fait ce pas. Il est donc bien conscient qu’il a des règles dans son chapeau à pensées et il veut s’en tenir à ces règles, mais il pense être libre, puisque ces règles sont les siennes, et non pas celles de quelqu'un d'autre.

Pourtant, dans ce cas-là, nous, on ne parle toujours pas de liberté. C’est que la liberté n’existe pas sur cette planète. Notre explication peut paraître un peu bizarre, car beaucoup de gens n’ont que ça à la bouche et trouvent libéral que chacun puisse faire ses propres choix, s'il y a la liberté d’expression, et ainsi de suite... Donc la façon de voir la liberté pour chacun, eh bien, un petit papier suffit pour tout écrire, car c’est quand même assez limité.

La liberté n'existe pas et pourtant, nous voyons dans le chapeau à pensées de chacun d’entre vous quelle est votre notion de liberté. Mais nous ne pouvons pas donner une théorie sur la liberté, justement puisqu’elle est différente pour chacun.

Nous pouvons dire seulement: 'En chacun d’entre vous, il existe un certain sentiment de liberté.' Or, nous affirmons également: 'La liberté n'existe pas.' Vous sentez bien ici l’opposition qui coince. Nous pouvons nous attarder un peu sur la théorie de la liberté, mais on n’en aura pas pour longtemps. Nous n’allons pas rendre plus lourd, plus important que nécessaire.

Vous remarquez déjà que ce sujet en soi a l’air assez frivole, donne l’impression d’être en vacances: chouette, on va choisir pour la liberté, on n’a plus de contraintes du tout ; mais en même temps, il y a un certain nombre de choses liées au mot de liberté et à l'image de liberté.

Essayez alors de voir d’où vient cet appel de liberté. Chacun est unique et de plus, les circonstances personnelles de chacun sont uniques et peuvent varier complètement d'une personne à l'autre: vous avez une famille à ménager, vous avez des enfants, ou un patron qui est assez sévère avec vous...

Donc chacun d’entre vous se retrouve dans des circonstances où la liberté est parfois difficile à trouver. Puis l'humain s’insurge et dit: 'Je suis à la recherche de ma propre liberté', qu’il va essayer d'obtenir par le combat avec son entourage, parce qu’il a le sentiment d’être englouti. Cela montre que la liberté en tant que telle n’est qu’une position et que vous ne faites pas attention à ce qui est vraiment en jeu en vous. En effet, justement si l'humain dit: 'Je veux tellement être libre', il se sent oppressé. Il se sent coincé quelque part, il se sent emprisonné, ne se sent pas heureux, sinon le cri de liberté ne ferait même pas surface.

 

Pour quelqu’un qui s’avance déjà sur le chemin de prise de conscience, la liberté n’a plus l’air compliquée du tout, il dit: 'J’ai ma propre liberté, si je reste neutre; je n’ai plus besoin de m’occuper des autres.' Mais maintenant nous vous disons que la liberté n’existe pas du tout et vous voilà Gros-Jean comme devant. Alors vous pensez: ‘Après quoi j’ai couru tout le temps, qu’est-ce que je veux faire au juste et concrètement, ça veut dire quoi pour moi?’

Vous savez que c’est notre tâche de faire prendre conscience à chacun de ses propres possibilités, et ce n’est qu’après avoir pris conscience de ça que l'humain peut dire: 'Je me connais'. Cela signifie aussi que vous devez savoir d’où vient cet appel de liberté, quel est le poids de l’origine de ce grand besoin et comment vous considérez votre propre situation.

Vous pouvez vous demander: ‘Cette liberté que je voudrais ressentir moi-même, où est-ce que je la ressens? Comment je la sens dans mon corps ? Est-ce que ça veut dire que je ressentirai une énergie?

Est-ce une 'énergie de liberté' ou s’agit-il seulement d’une image que je poursuis?’

Vous nous entendez dire régulièrement que la liberté de l'humain est le plus grand bien et là, d’un coup, nous affirmons que la liberté n’existe pas. Or notre vision est que chaque humain a bien une certaine idée là-dessus; qu’il veut être libre et faire ses propres choix et nous nous adaptons à l'humain avec lequel nous avons affaire. Nous savons aussi qu’il y a toujours une vision limitée des choses. Néanmoins l’humain dit: 'Formidable, les enseignants me donnent la liberté'. Et c’est comme ça que nous l’avons voulu. Car l'humain connaît uniquement son manteau, l’essence est beaucoup plus importante, car elle fait usage de ce manteau. Pour le manteau, la liberté n’est qu’une forme de pensée, comme on vient de le voir. Et comme nous voulons tout de même rester en contact avec vous, pas seulement par l’essence, mais pour vous aider à avancer sur votre chemin, il nous faut tenir compte du contenu des pensées de chacun et de la façon limitée de considérer l'image de la liberté. Vous pouvez mettre fortement en doute la phrase précédente, mais nous continuerons à la répéter, car pour beaucoup de gens ça veut dire: je peux faire mes propres choix. Et à ce moment-là l'humain peut dire: 'Je peux faire ce choix en toute liberté, ou je peux écouter ce que mon essence veut que je fasse', ça, c’est aussi un choix, si on apprend à l’écouter.